Système étatiste et protectionniste jusque dans les années 1970, l’économie turque est devenue en l’espace de trois décennies une économie ouverte et dynamique avec des taux de croissance moyens de 7 %, entre 2002 et 2008.

Parallèlement, le montant des investissements directs étrangers qui était de 1,1 milliard de dollars en 2002, a atteint, dans la même période 22 milliards de dollars. Cette mue a été déterminée par les réformes structurelles de libéralisation initiées par le gouvernement Özal en 1983, qui ont favorisé l’initiative privée, mais aussi par la croissance des échanges avec l’Union européenne, son principal partenaire commercial.
Bien que la Turquie ait subi, comme les autres, les effets de la crise mondiale – avec une hausse du chômage et une croissance négative en 2009 – le séisme bancaire y a été moins ample qu’ailleurs grâce aux réformes entamées en 2001 pour assainir le système bancaire et renforcer sa régulation [1]. A l’automne 2008, en pleine tempête financière mondiale, une étude publiée par la revue Goldman Sachs Economic Research, voyait même la Turquie devenir en 2050, la 9e économie mondiale et la 2e en Europe après la Grande-Bretagne. Pour l’heure, la Turquie se classe au 15e rang mondial des économies et, constituant la sixième plus grande économie européenne, elle représente un marché de 70 millions de consommateurs avec un PIB qui atteint 670 milliards d’euros – reposant pour moitié sur le commerce extérieur – et un PNB qui représente 40% de celui des dix nouveaux Etats membres de l’Union européenne (UE).
Avec 54 millions de personnes disposant d’un téléphone mobile, 18 millions de personnes utilisant l’internet et 37 millions d’utilisateurs de carte de crédit, la Turquie présente des opportunités immenses pour les investissements étrangers.
La Turquie se présente comme une source de stabilité économique et politique pour les régions qui l’entourent. Depuis 1er janvier 1996, elle fait partie de l’Union douanière de l’Union européenne. Le secteur industriel du pays s’est renforcé suite à cette intégration. Actuellement, la Turquie réalise près de la moitié de son chiffre du commerce extérieur avec les pays de l’Union Européenne.
La structure des échanges commerciaux entre la Turquie et les pays de l’Union Européenne, notamment avec la France, présente désormais de fortes ressemblances avec la structure commerciale des échanges entre les pays industrialisés. Les industries de l’automobile, des accessoires d’automobile, du textile, de la mécanique, de la chimie, de l’électricité et de l’électronique, ainsi que d’autres secteurs industriels majeurs représentent en 2008 environ 4,2 milliards d’euros des exportations de la Turquie vers la France, ce qui correspond à 95% du chiffre total. Dans la même perspective, les produits industriels représentent environ 5,9 milliards d’euros des exportations de la France, soit 98% du total des exportations, vers la Turquie.
Outre son statut de candidat en cours de négociation pour l’adhésion à l’Union européenne, les perspectives bilatérales et régionales de la Turquie sont tout aussi importantes en raison de la position majeure de la Turquie comme lien entre plusieurs groupes de pays différents, à la fois par leurs structures politiques, économiques et culturelles. Dans ce contexte, la Turquie a adopté en 2000 un plan de « Stratégie de développement du commerce avec les pays voisins et géographiquement proches » en vue de développer encore davantage les échanges et les investissements, et de contribuer ainsi au développement, à la stabilité et au bien-être des régions qui l’entourent.
La mise en place de cette stratégie, intégrant cinquante pays allant de l’Asie Centrale à l’Afrique noire, a eu des conséquences positives sur le volume d’échanges de la Turquie avec ces pays, passant de 19,9 Mds d’USD en 2000 à 130 Mds d’USD en 2008.
La progression de la Turquie vers l’économie de marché s’est confirmé dans les années 1990 par une vague de privatisations qui ont mis fin au monopole de l’Etat dans de nombreux secteurs et favorisent l’apparition d’un tissu dense de petites et moyennes entreprises dont le nombre est estimé à près de 2 millions. Aux côtés des conglomérats géants, elles alimentent la croissance turque dans les domaines de l’agroalimentaire, de l’automobile, des textiles/ vêtements, de la chimie/plasturgie et des équipements électriques/électroniques, qui relèvent désormais quasiment tous du privé. Même si l’agriculture représentait encore 22% de la population active en 2009, le boom économique turc repose largement sur une main d’oeuvre jeune et qualifiée (30% de la population active a au moins le niveau du Bac), et sur sa situation géographique idéale, proche des marchés européens et des pays turcophones. Au début des années 1990, les voyages du président Özal en Asie centrale ont ainsi ouvert le « grand monde turc » aux hommes d’affaires, le volume des échanges passant de 227 millions à 1,6 milliards de dollars entre 1992 et 1997. Côté occidental, l’union douanière avec l’UE, qui est entrée en vigueur en 1996, a favorisé l’implantation d’entreprises européennes [2]. Avec 250 entreprises aujourd’hui contre 15 en 1985, la France est le 5e investisseur en Turquie en termes d’implantation. L’union douanière a également favorisé une forte croissance du commerce extérieur vers les marchés européens qui avec 43 milliards d’euros en 2008, absorbent plus de la moitié des exportations turques.
Dans ses échanges avec l’Europe, la Turquie dispose par ailleurs d’une carte maîtresse : sa situation géographique, qui la destine à jouer un rôle important dans la sécurité de l’approvisionnement énergétique européen. La Turquie est située à une forte proximité de 72 % des réserves mondiales de gaz naturel et à 73 % des réserves pétrolières. Sa capacité annuelle pour le transport du pétrole en direction des marchés mondiaux s’élève à 121 millions de tonnes. Une fois que les projets en cours seront achevés, la capacité annuelle de transit sera portée à 221 millions de tonnes en ce qui concerne le pétrole et à 43 milliards de m3 pour le gaz naturel. Plaque tournante pour le transit et la réexportation des énergies fossiles vers l’Europe, la Turquie mène ainsi une politique régionale active.
Outre l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) qui est entré en service en 2006 et qui permet à évacuer les pétroles de la Caspienne (à hauteur de 1 million de barils/jours), celui de Kirkouk-Yumurtalık achemine depuis le 1er juin le pétrole irakien jusqu’au port turc méditerranéen de Ceyhan. La Turquie est également un important pays de transit pour le gaz naturel. Depuis 2007, le gazoduc Bakou-Tbilissi-Erzurum (BTE) qui double le BTC pétrolier, transporte le gaz azerbaïdjanais jusqu’en Turquie. L’UE cherche à diversifier son approvisionnement de gaz naturel par la mise en oeuvre d’une nouvelle route gazière qui passera, là encore, par le territoire turc. Et, d’une longueur de 3.300 km, le projet NABUCCO devrait acheminer 1 milliard de m3 de méthane azerbaïdjanais et, à terme, turkmène et irakien, jusqu’à l’Europe de l’Ouest, via la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie et l’Autriche. Ce projet, dont le coût est estimé à 8 milliards d’euros, devrait faire l’objet d’un accord définitif entre les parties concernées fin juin. Il permettrait à la Turquie de conforter sa position stratégique sur le corridor énergétique reliant les ressources de la Caspienne et du Moyen-Orient aux marchés européens et mondiaux à l’horizon 2015.


