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Le Havre rêve d’Orient
Du 5 mars au 30 août, la "Magie du Bosphore" s’empare de la Maison de l’Armateur et du Prieuré de Graville. Pendant six mois, ces deux sites historiques nous feront découvrir le faste de la cour ottomane et la vision fantasmagorique des artistes du XVIIIe siècle. Parmi les œuvres exposées sur les deux sites, une grande partie, prêtée par des collectionneurs privés, sera présentée pour la première fois au public.
1720 marque la venue de la première ambassade turque en France. L’occasion d’échanges denses, tant du point de vue diplomatique qu’artistique..
Tandis que les peintres du Bosphore représentent l’Empire ottoman tel qu’ils l’ont vu, les peintres occidentaux ont plutôt livré à la postérité une représentation idéalisée de l’Orient. Car les derviches tourneurs, la cour flamboyante de l’empire ottoman, janissaires et autres sultans aux costumes exubérants n’ont pas manqué d’éveiller l’imaginaire des artistes occidentaux de l’époque… De fait, pour les Européens, l’Empire ottoman était synonyme de négoce et de richesses. Sa culture extraordinaire, ses magnifiques paysages et son architecture ne les laissaient pas indifférents. Tout comme les harems qui exercèrent une véritable fascination sur les Occidentaux. « Dans les faits, ces institutions avaient pour unique but d’assurer la descendance du seigneur. Très institutionnels, les harems étaient sans folklore et moins sensitifs que dans l’imaginaire des artistes de l’époque », commente Anne Mézin, l’une des commissaires de l’exposition. « Les peintres du XVIIIe ont également été éblouis par les costumes des Ottomans : les janissaires, les eunuques ou les sultans étaient représentés revêtus de leurs plus beaux atours. Mais n’oublions pas que les écarts de richesse étaient très importants dans l’Empire ottoman du XVIIIe siècle... »
C’est au Prieuré de Graville (en photo ci-dessus) que seront exposés les peintres turcs, témoins de certain art de vivre : ils ont peint de magnifiques fresques historiques, des scènes de genre et de très beaux paysages orientaux. Les visiteurs pourront ainsi découvrir ces peintures monumentales, parmi lesquelles de magnifiques vues du Bosphore. Non loin dans la ville du Havre, La Maison de l’Armateur (en photo ci-dessous) regroupera ce que l’on nomme habituellement les « turqueries » : personnages vêtus à la turque dans des décors orientaux, scènes de harems… Outre les peintures et les gravures, des vêtements, des écritoires, des bols à hammam et autres tissus somptueux plongeront les visiteurs dans le luxe ottoman du XVIIIe siècle.

Pourquoi le Havre ? « A l’époque, Marseille était la porte de l’Orient, mais les liaisons entre les ports étaient réelles et le commerce passait essentiellement par la navigation, explique encore Anne Mézin Le Havre était un port très actif qui commerçait également avec les peuples de Méditerranée et l’Empire ottoman. Cette exposition s’intègre particulièrement bien dans la Maison de l’Armateur, demeure du XVIIIe siècle dont les riches propriétaires ont été imprégnés par la mode des « turqueries ». Le Prieuré de Graville, avec son panorama sur l’estuaire de la Seine, est également un magnifique écrin pour les huiles monumentales, notamment les entrées d’ambassadeurs et les vues du Bosphore. »
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