Histoires de femmes (4) : Sabiha Gökçen, baronne rouge

19 octobre2009

Sur les conseils d’un lecteur avisé, nous concluons notre petite série sur les femmes turques en vous présentant une personnalité hors du commun : car vous en conviendrez, les as féminins de l’aviation de combat ne sont pas légions.

Sabiha Gökçen est née à Bursa en 1913. Fille de Mustafa İzzet Bey et de Hayriye Hanım, elle a perdu ses parents au cours de la Première Guerre mondiale. Tout aurait pu s’arrêter là si son chemin n’avait pas croisé celui d’Atatürk lors de la visite qu’il effectua à Bursa en 1925. Sabiha était à l’époque âgée de douze ans et voulait étudier dans un internat...Entendant parler de ses conditions de vie difficile, le "Turc Père" décide de l’adopter. Et voilà notre ex-orpheline qui fréquente le collège Çankaya à Ankara, puis le Lycée d’Üsküdar pour filles (Üsküdar Kız Lisesi) à Istanbul.

Le 19 décembre 1934, après l’entrée en vigueur en Turquie de la loi sur les noms de famille, Mustafa Kemal lui donne le nom de "Gökçen". Gök signifie "le ciel" et Gökçen signifie littéralement "appartenir au ciel". Ce faisant, le père de la République turque lui trace un destin : car Sabiha Gökçen devient aviatrice six mois plus tard. En effet, Atatürk qui misait beaucoup sur le futur de l’aviation, avait créé une école d’aviation avec un drôle de petit nom : Türk Kuşu (l’oiseau turc). Sabiha était a ses côtés lors de l’inauguration de l’école le 5 mai 1935.

Après une parade de planeurs et de parachutistes étrangers, son père adoptif lui propose de devenir parachutiste, ce qu’elle accepte et c’est ainsi qu’il l’inscrit dans cette école en tant que première femme stagiaire. Mais ce qui intéresse surtout Sabiha, c’est de piloter un avion. Alors, elle s’initie d’abord au vol à voile, et obtient rapidement son permis de pilote. Elle est ensuite envoyée en Union soviétique avec huit autres personnes pour parfaire sa formation (à l’époque, l’Aeroglot n’avait pas encore mauvaise réputation...). Au début de l’année 1936, Mustafa Kemal lui demande de se rendre à l’Académie de l’armée de l’air turque pour devenir la première pilote de combat au monde. Elle y suit une formation de combat et vole sur Bréguet 7 et Curtiss Hawk II. Pour ensuite piloter des bombardiers au sein du 1er régiment aérien dans la base d’Eskişehir.

En 1938, elle effectue un vol de plus de cinq jours au dessus des Balkans à bord d’un bombardier Vultee-V. Plus tard, elle est nommée entraîneur en chef de la Türk Kuşu où elle a servi jusqu’en 1955. Elle est ensuite devenue membre du conseil exécutif de l’aviation turque. Sabiha Gökçen a volé autour du monde pendant près de 28 ans, jusqu’en 1964, totalisant plus de 10 000 heures de vol sur une quinzaine de types d’appareils.

En 1981, pendant les célébrations du centième anniversaire de la naissance de Kemal, l’Association aéronautique turque a publié ses mémoires : « Ma vie sur les pas d’Atatürk ». Un aéroport à Istanbul porte désormais le nom de celle qui a effectué son dernier vol le 22 mars 2001. Pour appartenir définitivement au ciel.


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