TAGS
BIOGRAPHIE
Mercan DedeMercan Dede, de son vrai nom Arkin Allen, partage sa vie entre Istanbul et Montréal. Musicien aux différentes facettes, il est à l’image de sa musique, une fusion unique de tradition soufie et d’électronique. Né en Turquie, Arkin Allen décide (...)
LIRE LA SUITEBIOGRAPHIE
Nezihe MuhiddineNezihe Muhiddin (1889-1958) est une figure marquante du féminisme turc et de la lutte pour les droits politiques de ses concitoyennes. Journaliste et écrivain issue des élites ottomanes, on lui doit la fondation du premier parti de la République (...)
LIRE LA SUITEGerilimler : vidéos turques contemporaines à visionner en ligne
Des 8 vidéos turques contemporaine issues de la programmation "Gerilimler" à visionner en ligne sur le site Saisonvideo.com jusqu’au 31 mars, celle qui a ma préférence est signée de Fatma Çiftçi et s’intitule "Once upon a time in Istanbul". Ci-dessous une image avec le lien direct vers la vidéo, ainsi que le descriptif de l’auteur.
"Once Upon a Time in Istanbul" est un projet vidéo qui a débuté avec la découverte d’un film en 16 mm des années soixante-dix montrant des Stambouliotes dans leur vie quotidienne. Cette vidéo est accompagnée de dialogues tirés de vieux films turcs. Se développe ainsi une interaction aussi intéressante qu’amusante et paradoxale entre ces images d’amateur de la société stambouliote et les dialogues truffés de clichés des films d’autrefois.
Sur le même sujet :
- # Dokuman : quand la danse donne de la voix ! | publié le 25 janvier
- # Ninel Cam ou la beauté polymorphe | publié le 14 janvier
Ferhan et Fezan Önder, des soeurs Labèque version turque
Les Français ont Katia et Marielle Labèque. Les Turcs ont Ferhan et Fezan Önder. Ces deux soeurs jumelles également pianistes, nées en Turquie et désormais installées à Vienne (Autriche), ne cessent depuis une dizaine d’années de défricher le répertoire classique pour deux pianos, depuis le début du XVIIe siècle (Bach) jusqu’aux oeuvres les plus contemporaines.
Demain et dimanche soirs avec l’orchestre de Montpellier, c’est notamment au Concerto pour deux pianos et orchestre en ré mineur de Francis Poulenc qu’elles s’attelleront. Mais leur palette est en fait très vaste, comme on peut le découvrir sur leur site web en cliquant sur l’image ci-dessous. Turquie Express recommande particulièrement d’écouter leur interprétation des 5 pièces pour 2 pianos du compositeur allemand contemporain Tommy Ballestrem (rubrique CD/Audio). Puissant, profond et fluide à la fois.
Sur le même sujet :
- # « Orientalismes », quelques images du concert d’Hüseyin Sermet | publié le 3 février
- # Hüseyin Sermet : Merry Melodies | publié le 26 janvier
"La mer est bleue autour" : un printemps des poètes turcs
Accompagnant la saison de la Turquie en France, les éditions Bleu Autour publient ce mois-ci une anthologie de la poésie turque du XXe siècle, allant de Nâzim Hikmet et Orhan Veli à Enis Batur et Bejan Matur… Sur vos agendas, notez le 12 mars, date de la soirée de lancement du livre dans le cadre du printemps des poètes.
Les éditions Bleu autour, une aventure éditoriale…
À l’origine, il y Patrice Rötig, né en 1953 à Paris mais dont les premiers souvenirs sont à Istanbul, où il a vécu de 1956 à 1960. Il suit des études d’histoire et de journalisme puis d’installe dans l’Allier en 1977 où il lance différentes publications et une société de presse. "Devenir de quelque part", tel était, selon sa propre expression, le désir de Patrice Rötig à tenter ses racines dans cette région. "Mais on n’est vraiment que de son enfance… ". Qui le rattrape. C’est ainsi qu’en 1997, Patrice Rötig rompt avec le journalisme et devient éditeur. Publiant des livres "qui décriraient des géographies intimes" et se tourne "naturellement" vers des exilés d’ici mais aussi, et entre autres, d’Algérie, qui est tellement liée à la France, et de Turquie. C’est ainsi qu’ont démarré les Éditions Bleu autour. » S’ensuivent d’importantes rencontres avec les auteurs qui s’engouffrent dans l’aventure éditoriale, s’y impliquent et l’élargissent...

J’ai vu la mer, anthologie de la poésie turque… Le livre nous arrive tout frais de l’impression et sort ces jours-ci. De fait, il était assez naturel, évident, attendu, que Patrice Rötig en vienne à publier ce recueil de poèmes issus des grandes plumes de la poésie turque. En partenariat avec Le Printemps des Poètes, la scène du Balcon, la Maison des écrivains et de la littérature, Les Editions Bleu autour vous donnent rendez-vous le 12 mars pour la soirée de lancement de ce très beau livre. La soirée, animée par Elif Deniz et Patrice Rötig, se déroulera à partir de 19h30 dans l’amphithéâtre Guizot de l’Université Paris IV - Sorbonne (17, rue de La Sorbonne, Paris 5e), en présence de quatre des auteurs figurant dans l’anthologie : Gültekin Emre, Haydar Ergülen, Tarık Günersel et Lale Müldür, et de deux des traducteurs de l’ouvrage, Pierre Chuvin et Güzin Dino. Après une brève présentation de la poésie turque contemporaine, des poèmes des auteurs présents, ainsi que de Nâzım Hikmet et Orhan Veli, seront lus tant en turc qu’en français. Cette lecture bilingue sera suivie d’un échange avec les auteurs et traducteurs de l’anthologie et la salle.
Informations pratiques : Vendredi 12 mars 2010, à 19h30 Université Paris IV Sorbonne - Amphithéâtre Guizot 17, rue de La Sorbonne 75005 Paris Métro : Saint-Michel ou Cluny La Sorbonne ou Odéon Réservation impérative au 01 40 46 33 72 ou agenda-culturel paris-sorbonne.fr
Toujours dans le cadre du Printemps des poètes, notez également dans vos agendas la date du 18 mars pour une nouvelle soirée en compagnie de Nâzim Hikmet (voir le flyer ci-dessous).

Sur le même sujet :
- # Ceci est un rêve | publié le 8 mars
- # Cinq fois Hikmet (5/5) | publié le 19 février
Tarkan, héros oublié de la BD turque
Inventé en 1967 par le bédéaste Sezgin Burak, Tarkan a été en Turquie un véritable phénomène de la BD et du cinéma, jusqu’à la mort de son "père" en 1978.

A la fin des années 1960, Sezgin Burak n’est en effet âgé que d’une trentaine d’années quand il exerce ses talents de dessinateur dans un studio de BD à Rome. Là, il crée El Cougouar, étrange cow-boy monté comme il se doit sur son cheval et, particularité notoire, flanqué d’un fidèle puma. Devant le succès foudroyant de ce personnage surnommé "le vengeur des sierras", Sezgin Burak se demande s’il ne peut pas le décliner à la mode de son pays natal. Remarquant en Italie la frayeur que suscite encore le personnage d’Attila, il décide de créer un héros qui soit le plus valeureux des soldats de l’armée des Huns (ancêtre des Tatars). Encore faut-il lui trouver un nom : Tarkan s’impose, inspiré de l’expression turque "Tatar Kani" ("le sang des Tatars"), qui évoque une bravoure sans faille. Tarkan sera lui aussi flanqué d’un animal fétiche, qui en Italie évoque autant la peur que la mère patrie : ce sera le loup.
Les premières aventures de Tarkan sont publiées dans le quotidien Hurriyet, au rythme d’une planche par jour. On raconte que le tirage du journal aurait dépassé le million d’exemplaires consécutivement à cette publication. Mais Tarkan se décline également en magazine (plus de 100 000 exemplaires sont vendus chaque semaine) et en deux albums. Sezgin Burak s’éteint hélas avant d’avoir achevé le troisième. En 10 ans, le bédéaste turc a dessiné 18 aventures de Tarkan, représentant 2 458 pages au total. Les aventures de cet étrange héros blond venu des steppes d’Asie centrale ont été aussi adaptées au cinéma, le plus souvent pour de redoutables curiosités dont Tarkan contre les Vikings (affiche ci-dessous), un incontournable must du nanar turc réalisé en 1971.

Sur le même sujet :
- # Angoulême (3) : La BD franco-belge à la découverte de la Turquie | publié le 30 janvier
- # Angoulême (2) : comment Murat Mihçioglu a décloisonné la BD turque | publié le 29 janvier
"Si tu vas à Bordeaux"....
Initié en 1996 dans le cadre des projets culturels de quartier du Ministère de la Culture, la parade du Carnaval des 2 rives (celles de la Garonne) de Bordeaux va défiler ce week-end. Dimanche, donc, allez marcher dans la capitale girondine aux sons du monde entier, et en particulier cette année, des musiques turques.
Depuis le 15 février, prés de 750 personnes s’activent pour préparer cette grande fête populaire. Dans les quartiers de Bordeaux et de ses environs ont été créés des éléments qui composeront la parade : fanfare éphémère, parade chorégraphiée, marionnettes, structures mobiles...Et les les habitants des communes participantes dans ce projet ont, comme chaque année, été impliqués : récupération de matériel servant à la construction, table d’hôtes, création de costumes...
Pendant la parade proprement dite, les quelque 40.000 spectateurs qui assistent chaque année à ce grand rendez-vous carnavalesque, pourront voir des spectacles de rue assurés par des compagnies turques avec l’aide d’artistes locaux, notamment la fanfare Kolektif Istanbul (voir ci-dessous).
Suivez le programme :
Dimanche 7 mars dans la matinée à Nansouty : de 10 à 12h, défilé autour de la place - à 12h30 le défilé de Nansouty rejoindra la grande parade de Bordeaux. L’après midi dans le centre ville de Bordeaux, grande parade : 14h départ allées Serr (rive droite Gare d’Orléans) – place Stalingrad – Pont de pierre – cours Victor Hugo – cours Pasteur - rue Duffour Dubergier - place Pey Berland - rue des Frères Bonie - cours d’Albret - rue Nancel Pénard - place Gambetta - cours Clemenceau - 18h30 arrivée allées de Tourny et poursuite festive vers la Foire aux plaisirs de la place des Quinconces. La veille samedi 6 mars, se déroulera le Carnaval de Caudéran à partir de 15 h 30. Départ de la rue Domion, cours de Lattre de Tassigny, place Stéhélin.
Pour avoir une idée du caractère très festif du Kolektif Istanbul
Sur le même sujet :
- # Kenan Gürsoy, portrait du philosophe en ambassadeur | publié le 26 février
- # Une satire d’ombre et de lumière | publié le 22 février
Pialat, documentariste de la Turquie
Dans notre récente série audio sur Nazim Hikmet, nous avons brièvement évoqué un court de métrage de Maurice Pialat (photo ci-dessous), Maître Galip (1963), dans lequel des images documentaires d’Istanbul alors filmées par le cinéaste viennent recouvrir le poème éponyme de Hikmet dit en voix off.

En fait, Maître Galip n’est pas l’unique documentaire consacré à la Turquie réalisé par Pialat. Comme nombre de ses condisciples connus pour leurs oeuvres de fiction, Pialat a fait ses classes dans le cinéma dit "du réel" avant de tourner L’Enfance nue (1968), son premier long métrage diffusé en salles. Ses pérégrinations l’ont notamment mené en Turquie. Entre 1963 et 1965, à la demande de Samy Halfon (producteur entre autres du Hiroshima mon amour de Resnais), il réalise ainsi pour le gouvernement turc plusieurs documentaires censés vanter les merveilles de ce pays.
De toute beauté, Maître Galip (11 minutes) est donc l’un d’entre eux. Turquie Express vous l’offre en visionnage ci-dessous.
Sur le même sujet :
- # Bal ("Miel"), Ours d’or à Berlin | publié le 22 février
- # Angers zoome sur les films d’écoles turcs | publié le 21 janvier
Ümit Boyner, entrepreneure de choc
En janvier 2008, le député Jean-Marc Ferrand, chargé de se prononcer au nom de l’Assemblée nationale, sur un accord de coopération franco-turc en matière d’investissements, remarquait qu’en 2006, "avec une part de marché proche de 5 %, la France est le cinquième fournisseur de la Turquie. Ce pays représente le douzième client de la France". La même année, les ventes françaises sur le marché turc se chiffraient à 5,2 milliards d’euros, en hausse de 12 % par rapport à 2005. Et le député poursuivait : "Dans le cadre du programme Cap Export destiné à soutenir le commerce extérieur français, la Turquie fait partie de la liste des pays cibles pour lesquels le Gouvernement met en œuvre des actions spécifiques afin de renforcer la présence des entreprises françaises".
De fait, les investissements français en Turquie ont fortement progressé en l’espace de quinze ans. Le nombre d’entreprises françaises implantées est ainsi passé de 15 en 1985 à près de 250, employant 45 000 personnes. Et les investissements directs (IDE) représentent plus de trois milliards en stock, faisant de la France le quatrième investisseur étranger en Turquie, tandis que les importations françaises en provenance de ce pays ont progressé de 19% en 2006 pour atteindre 4,2 milliards d’euros (toujours en 2006).
Alors, en prévision d’importants séminaires consacrés aux relations d’affaires entre la France et la Turquie qui se tiendront dans le courant du mois à Paris, ainsi que d’une rencontre autour des femmes entrepreneures turques au Sénat le 6 mars, Turquie Express brosse le portrait d’Ümit Boyner, l’actuelle présidente de la Tusiad, l’Association des Industriels et des Entrepreneurs de Turquie. Autrement dit, un poids-lourd des relations économiques franco-turques (nous voulons bien-sûr parler de la Tusiad...).
"En Turquie, les femmes sont nombreuses à exercer des professions qui requièrent un degré de qualification élevé. Par exemple, la forte proportion de femmes ingénieurs ou banquières a toujours frappé les entrepreneurs européens en visite en Turquie. 36% des universitaires, 33% des architectes, 29% des juristes, 32% des économistes, 21% des cadres moyens et supérieurs dans l’administration publique sont des femmes" soulignait en 2006 Ümit Boyner, alors membre du Conseil d’Administration de Boyner Holding et de la TUSIAD.
Depuis, Ümit Boyner a été élue présidente de cette dernière structure, le 21 janvier dernier plus exactement.
Née en 1963, Ümit Boyner a obtenu une licence d’économie à l’Université de Rochester (New York) avant de poursuivre son cursus au sein de la Graduate School of Business de l’Université de Columbia. On la retrouve au début de sa carrière professionnelle en 1985 à la Chemical Mitsui Bank. Après avoir occupé des fonctions dirigeantes dans les départements finance de plusieurs entreprises, elle accède en 1996 à la vice-présidence du groupe Boyner Holding. Parallèlement à ses activités professionnelles, Ümit Boyner est impliquée dans des œuvres de charité et des ONG telles que TEGV (Education Volunteers Foundation), TINA (Fondation Turque pourl’Archéologie Nautique) et TOHUM (Fondation Turque pour
l’Autisme).
Elle a par ailleurs fondé le Women’s Fund–KAGIDER (Women Entrepreneurs of Turkey) qu’elle a vice-présidé pendant quatre ans. Depuis 2008 elle est aussi membre du comité de consultation du Carnegie Endowment for
International Peace. Autant dire qu’Ümit Boyner ne se repose pas beaucoup...
Sur le même sujet :
- # Seyfettin Gürsel, "donneur de leçons" | publié le 27 novembre 2009
- # Histoires de femmes (3) : Güler Sabanci, indétrônable reine de la Turquie moderne | publié le 15 octobre 2009
Hasan Uçarsu, à "l’accroche" ce soir à Strasbourg
L’ensemble Accroche Note, fondé par la soprano Françoise Kubler et le clarinettiste Armand Angster, a constitué un répertoire désormais bien ancré dans les oeuvres contemporaines. Mais jusqu’à présent, peu de compositeurs turcs étaient à son actif. Ce sera désormais chose faite ce soir, grâce au concert que l’ensemble donne au Musée d’art moderne contemporain de Strasbourg, dont le programme comporte des oeuvres de Zeynep Gedizlioglu (née en 1977), Alper Maral (né en 1969) ou Hasan Uçarsu (né en 1965).
Pour vous préparer à ce concert, Turquie Express vous invite à une découverte du site de ce dernier. Comme d’habitude en musique contemporaine, une bonne expérience d’écoute vaut mieux qu’un long discours. Le site de Hasan Uçarsu contient justement une longue playlist de ses oeuvres chorales, de chambre ou orchestrales. Plus qu’à se laisser porter, en cliquant tout simplement sur l’image ci-dessous.
Sur le même sujet :
- # Toros Can, de Purcell à Ligeti | publié le 1er octobre 2009
- # Nuit stambouliote (2) : NoiseIstanbul | publié le 17 septembre 2009
Ahmet Ertegun, "l’oreille turque des musiques noires"
Né en 1923 avec la République turque, Ahmet Ertegun est une figure qui en symbolise peut-être plus que d’autres la modernité. Comment ce fils de diplomate a-t-il su devenir aux Etats-Unis le fondateur du mythique label Atlantic Records où signèrent successivement Ray Charles, John Coltrane, Aretha Franklin, les Rolling Stones, Led Zeppelin et les Bee Gees ? En un demi-siècle, c’est en fait toute l’histoire de la musique populaire américaine qu’Ahmet Ertegun a contribué à écrire.

Né à Istanbul le 31 juillet 1923, Ahmet Ertegun suit son père diplomate au gré de ses différents postes en Europe avant de partir dès 1934 pour les Etats-Unis, son père étant nommé ambassadeur à Washington. Il est alors fortement influencé par son frère Nesuhi, qui l’initie aux grandes figures du
jazz américain de son temps, notamment Cab Calloway et Duke Ellington. Etudiant en philosophie, Ahmet sort diplômé de l’université de Georgetown à l’âge assez précoce de 21 ans mais ses vraies passions sont ailleurs et, deux ans plus tard, il fonde avec un ami le label Atlantic Records à New York, grâce notamment à un prêt de 10 000 $ octroyé par son dentiste. En 1948, le premier disque du label est publié. "Tout ce que je voulais", expliquera-t-il plus tard, "c’était fonder un label qui puisse éditer des artistes que j’aimais. Jamais je n’avais pensé que je pourrais réussir à vivre d’un métier si éclatant... Je suis si heureux de m’être trompé".
Il s’est trompé vite. Dès 1949, Drinkin’ Wine Spo-Dee-O-Dee de Stick McGhee est le premier tube enregistré par le label. S’ensuivent une série de succès signés Ruth Brown, Joe Turner, The Clovers, The Drifters, The Coasters et surtout Ray Charles (photo). Dans les années 1950, les plus grands artistes américains du Rhythm & Blues signent chez Atlantic Records. Mais fidèle à ses premières amours, Ahmet Ertegun est attentif aux mutations du jazz, en plein bouleversement dans la décennie qui suit la fin de la seconde guerre mondiale. A la fin des années 1950, il découvre en John Coltrane un talent d’une puissance inouïe. Il le fait signer chez Atlantic dès 1960 pour Giant Steps, premier album intégralement composé par le saxophoniste, puis pour My Favorite Things et Olé.
Mais l’intelligence de découvreur d’Ahmet Ertegun ne s’est pas arrêtée aux musiques noires. Dans la décennie 1960, Atlantic est au coeur de la musique rock en éditant notamment les Rolling Stones (photo ci-dessous avec Mick Jagger). Le tournant des années 1970 est pris avec un rock un peu plus dur (Led Zeppelin a signé son premier disque chez Atlantic) ou au contraire apaisé (c’est Ahmet Ertegun qui convainc les très country Crosby, Stills and Nash d’intégrer Neil Young à leur formation) voire sirupeux (les Bee Gees sont distribués aux Etats-Unis par Atlantic). Mais à cette époque, "l’oreille turque de la musique noire" n’est déjà plus que lointainement aux manettes, rattrapé par son autre passion : à la fin des années 1960, il vend la majorité d’Atlantic Records pour fonder le mythique club de football des New York Cosmos, où Pelé et Beckenbauer ont fini leur carrière.

Homme d’affaires, découvreur de talents et producteur de disques, Ahmet Ertegun fut également, sous le pseudonyme de A. Nugetre ("Ertegün" à l’envers) l’auteur de nombreuses chansons Blues et R&B dont les classiques Sweet Sixteen et Mess Around, rendues célèbres par B.B. King et Ray Charles. Il s’éteint en 2006, des suites d’une mauvaise chute qu’il fit dans les coulisses d’un concert des Stones. Pour faire plus ample connaissance avec le grand homme, Turquie Express vous offre une heure d’entretien (caution : English required) diffusé à la télévision américaine à la fin de sa vie (ci-dessous). Voir également le magnifique mini-site d’hommage qui lui est dédié sur le portail web de la maison de disques qu’il a fondée.
Sur le même sujet :
- # Retour en images sur le concert de Zülfü Livaneli | publié le 21 février
- # Gökhan Aya, archéologue du rock-garage perse | publié le 8 janvier
Kenan Gürsoy, portrait du philosophe en ambassadeur
Expert en philosophie islamique, professeur et doyen de la Faculté des Sciences et des Lettres de Galatasaray, Kenan Gürsoy est ambassadeur plénipotentiaire de Turquie près le Saint-Siège. Partisan d’une éthique universelle, on lui doit une large réflexion sur l’éthique et le mysticisme islamique.
« Une famille républicaine et mystique à la fois » … C’est ainsi que Kenan Gürsoy résumait ses origines familiales et ses attaches spirituelles et intellectuelles, dans un article d’Aujourd’hui La Turquie paru en octobre 2009. Depuis 140 ans, sa famille, originaire des Balkans, habite la même maison dans le quartier stambouliote de Fatih…Une famille habitée par le dualisme : à la fois très liée à la religion, au mysticisme soufi et au kémalisme, le grand-père de Kenan Gürsoy ayant activement soutenu la Révolution et combattu aux côtés d’Atatürk… Une famille qui vit selon la tradition, donc, sans pour autant s’en aveugler : « Il s’agit de ce qu’on pourrait appeler une sagesse pratique, qui évolue avec la société, commente Gürsoy. A laquelle s’ajoute une connaissance musicale et poétique. »
Kanil Insan, l’homme universel… Si Kenan Gürsoy insiste sur ces arts, c’est que la musique et la poésie tiennent une place capitale dans la mystique soufie, comme possibilité de comprendre l’harmonie à l’œuvre dans la nature. De ce point de vue, on comprend mieux que les premiers grands compositeurs musulmans aient été également philosophes. « Contrairement aux civilisations occidentales, la musique n’a jamais été considérée comme incompatible avec les sciences et la philosophie… » Et si l’homme veut se réaliser en tant qu’homme, il a besoin de pouvoir percevoir les choses autour de lui, afin de comprendre le monde.
Quelle dimension peut prendre cette sagesse dans nos débats contemporains ? Pour Kenan Gürsoy, il s’agit moins de parler de modernisation de l’islam que de "saisir l’histoire en tant que musulman". Saisir l’histoire : réfléchir ardemment sur les problèmes de bioéthique, défendre une place égale des hommes et des femmes dans le monde qu’ils partagent…Sans quoi, « il n’y a pas d’espoir d’amélioration sociale. »
Partisan du dialogue avec les autres religions et d’une paix interreligieuse, Kenan Gürsoy était sans doute l’ambassadeur idéal auprès du Saint-Siège. Heureux de faire connaître l’islam authentique. « Il faut saisir ce qui, dans notre propre culture, peut-être considéré comme universel. En fait, on doit être ancré dans sa religion et dans sa tradition, et dans le même temps, être tourné vers l’Autre. »
A retrouver sur le site de l’Université des tous les savoirs "L’Islam et le pluralisme en Turquie" par Kenan Gürsoy, une conférence donnée dans le cadre du cycle "La Turquie, aujourd’hui, demain".
Sur le même sujet :
- # L’Empire du livre | publié le 2 février
- # Le Père Noël, enlevé par des pirates italiens du XIe siècle ? | publié le 3 janvier







